Lilly Marthe EBENER – PARIS, France – Stylist, Fashion Designer.

As a society, patience is not our strongest point. We want, want, want and we want it now, now, now. In this age of instant gratification, Lilly Marthe Ebener is taking her time. In the world of fashion, where most designers are showing 4 collections a year, Lilly’s approach is daring, if not rebellious. With one collection per year, made entirely from a single material, Alpaga wool, this stylist turned fashion designer is redefining the notion of luxury with words like craftsmanship, time, quality and tradition. With her first collection, Lilly used her own name to create a brand, with this second collection, she aims to establish her brand as a home-name, synonym of warmth and softness, keeping women and babies snug as a bug in a rug. If only Australian winters could get a little bit colder…

 

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© Photos were taken by Pierre Even

ALOUD: Lilly, pouvez-vous décrire votre parcours dans le domaine de la mode, d’abord comme styliste puis comme créatrice?

(Lilly, could you start by describing your journey in Fashion, first as a photo stylist and then, as a fashion designer?)

LILLY MARTHE EBENER: Je suis venue à Paris pour faire des études dans une école de mode. J’ai vite rencontré des gens dans le stylisme photo et j’ai été mise en contact avec un décorateur plateau pour un stage. C’est grâce à lui que tout a commencé et que je suis rentrée dans ce milieu.

(I came to Paris to study fashion. I quickly met people working in photo styling and I was put in contact with a set decorator for an internship. It is thanks to him that everything started and I got into that field.)

ALOUD: Que s’est-il passé lors de ce premier stage?

(What happened during this first internship?)

LILLY: Nous faisions des décorations pour des plateaux de photo, des décors, des pièces entières, des natures mortes. C’était assez vaste mais on travaillait souvent avec des stylistes de mode. C’était un métier que je ne connaissais pas du tout mais qui m’intéressait. Forcément, sur un “shooting” photo, on fait connaissance avec les différentes équipes. Notamment, j’ai rencontré une rédactrice du Vogue France et j’ai travaillé pour elle en tant qu’assistante pendant 3 ans. J’ai pu aiguiser mon goût, ma vision des choses et être plus efficace. Il y a environ cinq ans, j’ai senti que c’était le moment de me détacher. Petit à petit, je me suis mise à mon compte. La suite s’est faite au fil des rencontres, c’est vraiment une histoire de temps et de confiance qui doit s’installer.

(We designed sets for photo-shoots, whole rooms, still lives. It was quite broad but we often worked with fashion shoot directors. I didn’t know much about this profession but it interested me. Obviously, on a photo-shoot, you meet all the different teams. For instance, I met an editor for French Vogue and worked for her as an assistant for 3 years. I was able to sharpen my taste, my vision and become more efficient. About five years ago, I felt it was time to detach myself . Little by little, I started working for myself. The rest happened through meeting people, it is really a question of time and trust.)

ALOUD: D’où vient le désir d’ajouter ce second métier de créatrice?

(Where did the desire to add Fashion Designer to your resume come from?)

LILLY: Dans le stylisme photo, on travaille surtout l’image, tout est construit. J’aime beaucoup la nature morte où on est moins spontané qu’avec un modèle. J’aime contrôler les choses et le travail de précision. Ce qui me manquait était le toucher, choisir les tissus, les matières, les couleurs et j’ai eu envie de créer ma propre collection.

(In photo styling, we mainly work with the image, everything is constructed. I really enjoy “still lives” where one can be less spontaneous than with a model. I like to control things and precision work. What I missed was the touch, choosing fabrics, materials, colours and it made me want to create my own collection.)

ALOUD: Pouvez-vous décrire le concept de la collection?

(Can you describe the concept of the collection?)

LILLY: Tout a commencé après avoir vu un reportage sur les Alpagas. C’était, pour moi, une découverte de l’animal et de la fibre. Je suis toujours un peu ancrée dans les traditions, le savoir-faire et c’est quelque chose que j’aimerais préserver. Dans le stylisme photo, on est sans cesse pressé et j’avais envie de retenir le temps. Ce temps, cette attente, étaient pour moi la nouvelle notion du luxe.

(Everything began after watching a documentary on Alpagas. It was, for me, the discovery of the animal and its fiber. I tend to be a little bit anchored in tradition, the craftsmanship and it is something I would like to preserve. In photo styling, we are always rushed and I wanted to hold on to time. This notion of time, the wait, were in my opinion the new definition of luxury.)

ALOUD: Pouvez-vous décrire le parcours d’une pièce depuis le Chili jusqu’à être vendue en boutique?

(Could you describe the journey of one garment from Chile to being sold in a store?)

LILLY: On commence dans les Andes avec des troupeaux d’environ 6000 bêtes dispersées dans les montagnes. Les Alpagas sont capturés et tondus une fois par an. La laine arrive au filage où elle est triée à la main pour obtenir la meilleure qualité, nettoyée, baignée dans plusieurs bains et filée. C’est teint et embobiné dans des cônes de 500 grammes qui sont envoyés en Allemagne chez ma mère qui s’est associée dans l’aventure depuis deux ans. Elle “dispatche” la laine avec le modèle et récupère la pièce chez la tricoteuse lorsque celle-ci est terminée. Enfin, la pièce est envoyée à l’un de nos distributeurs pour être vendue.

(We begin in the Andes with flocks of about 6000 animals dispersed throughout the mountains. The Alpagas are captured and shorn once a year. The wool goes to the spinning where it is sorted by hand to get the best quality, cleaned, soaked in several baths and spun. It is died and spooled onto 500 gram cones which are then sent to Germany to my mother who has joined the adventure two years ago. She dispatches the wool with the pattern and picks the garment up from the knitter once it is completed. Finally, the piece is sent to one of the distributors to be sold.)

ALOUD: Du coup, en travaillant exclusivement avec la laine, vous n’avez qu’une seule collection par an?

(As a result of working exclusively with wool, do you only have one collection per year?)

LILLY: Le choix de n’avoir qu’une collection par année est un atout parce qu’on peut vraiment préparer une histoire et aller au bout des choses. C’était important pour moi de ne pas me sentir trop pressée et j’espère pouvoir continuer à ce rythme. D’autant plus que la tonte est annuelle donc il paraissait logique de s’y adapter.

(The decision to have only one collection per year is an advantage because we can really create a story and go to the end of things. It was important to me not to feel too rushed and I hope to be able to keep following this pace. Furthermore, the shearing is yearly and it seemed logical to adapt to it.)

ALOUD: Est-ce que vous pensez que votre attachement aux choses qui prennent du temps est partagé en ce moment, presque en réaction à notre culture très rapide et produite en masse?

(Do you believe that your attachment to things that take time is currently shared, almost in reaction to our very fast and mass-produced culture?)

LILLY: Je pense vraiment. Les clients du luxe n’ont plus envie de dépenser leur argent sans savoir pourquoi.

(I really think so. The luxury clients do not want to spend their money without knowing why anymore.)

ALOUD: En Architecture, il y a une phrase qui proclame “Green is the new black” et je pense que ça s’applique aussi à la mode.

(In Architecture, there is a sentence which claims that “Green is the new black” and I think that this also applies to fashion.)

LILLY: Oui, c’est du luxe réfléchi. “Gewissenhaft”. Être conscient de ce qu’on achète. Il y a une responsabilité dans la mode qui est en train d’émerger à ce niveau là. On n’a plus envie d’acheter un pull “fait à Bangladesh” dans des conditions misérables. On a envie de se sentir bien dans ce qu’on porte et de savoir d’où ça vient. Il est important de pouvoir retracer la trajectoire d’un vêtement et que ce soit le plus transparent possible.

(Yes, it is “considered luxury”. “Gewissenhaft”. To be aware of what we buy. There is a responsibility in fashion that is emerging at that level. One doesn’t want to buy a sweater that is “made in Bangladesh” under miserable working conditions. One wants to feel good in what one is wearing and know where it comes from. It is important to be able to trace back to a garment’s origin and to be as transparent as possible.)

ALOUD: Est-ce que cette nouvelle exigence va influencer les marques moins luxueuses à avoir une démarche plus responsable?

(Will this new exigency influence the less luxurious brands to have a more responsible approach?)

LILLY: Il y a toujours un début à quelque chose et le début se fait dans le luxe. Il faut trouver des solutions pour pouvoir travailler équitablement. Actuellement, nous faisons tout produire en Allemagne et nous allons commencer un groupe de tricoteuses au Pérou. Le temps de fabrication est long et ça se calcule dans le prix mais ça oblige à ne plus casser le marché. J’espère qu’un équilibre va se créer où l’on verra des choses vendues à juste valeur et à juste prix. C’est une tendance qui est en train de se faire globalement, pas uniquement dans la mode.

(There is always a beginning to something and it usually starts with luxury. Solutions must be found to work more fairly. At the moment, we get everything made in Germany and we are going to start a group of knitters in Peru. The production time is long and that gets calculated into the cost but it forces people not to break the market anymore. I hope that a balance will emerge where things will be sold based on their true value and true cost. It is a tendency that is emerging globally, not just in fashion.)

ALOUD: Vous venez de présenter votre seconde collection, comment celle-ci se différentie-t-elle de la première?

(You have just launched your second collection, how does it distinguish itself from the first one?)

LILLY: Je ne voulais pas partir dans un phénomène de mode. Les choses doivent se faire dans le ressenti et sans obligation de créer quelque chose de complètement nouveau. Je suis restée dans les volumes très larges mais avec la laine, il y a des choses que je ne peux pas faire et j’avais envie de pouvoir créer des silhouettes complètes. J’ai cherché pendant longtemps un tissu qui a un sens par rapport à la collection, qui soit ancré dans la tradition. On a fini par rajouter du “Loden”, ce tissu Autrichien en feutrine gris clair ou vert foncé. Autrefois, le tissu était mouillé et séché plusieurs fois puis bouilli pour créer un feutre très robuste. Maintenant, les techniques sont un peu plus élaborées mais tout en restant dans la tradition. Le tissu peut maintenant être ultra fin et très résistant. Et puisque j’ai des origines germaniques, ce choix me paraissait naturel.

(I didn’t want to follow a trend. Things must happen naturally and without the obligation of creating something completely new. I have continued with extra large volumes but with wool, there are things that can not be done and I wanted to create complete silhouettes. I have searched at length for a fabric which made sense with the collection, anchored in tradition. We eventually added “Loden”, an Austrian felt material which is either light grey or dark green. Once, the fabric was soaked and dried several times before being boiled to create a very robust felt. Nowadays, techniques are a little bit more sophisticated whilst remaining quite traditional. The fabric can now be ultra thin and very strong. And since I have Germanic origins, this choice seemed natural.)

ALOUD: Vos collections sont pour femmes et bébés. Et les hommes?

(Your collections are for women and babies. What about men?)

LILLY: Ça va venir mais je pense qu’il faut faire une chose après l’autre et je le ferai quand j’en aurai envie. Le plus dur dans une collection est de ne pas s’éloigner du noyau et de rester fidèle au concept, à mes intentions. J’ai envie de rester assez groupée et de ne pas trop me disperser, surtout au début. Les autres choses viendront au fur et à mesure.

(It will come but I think that things must happen in turn and I will do it when I feel like it. The hardest with a collection is not to stray too far from the core and to stay faithful to the concept, to my intentions. I wanted to stay focused, not to spread too far, especially in the beginning. Other things will come gradually.)

ALOUD: Est-ce que de travailler pour vous-même est un aspect important de ce que vous faites?

(Is working for yourself an important aspect of what you do?)

LILLY: J’ai toujours travaillé pour moi sauf quand j’étais assistante mais c’était un développement naturel. Il faut apprendre et cette femme m’a beaucoup donné. J’ai besoin de cette motivation de travailler pour moi et de créer quelque chose par moi-même. Je n’ai aucune obligation, c’est un loisir et un plaisir et ce ne serait pas la même chose si je devais le faire pour quelqu’un d’autre.

(I have always worked for myself except when I was an assistant but that is a natural development. One must learn and this woman gave me a lot. I need the motivation of working for myself and to create something on my own. I have no obligations, it is a hobby and a pleasure and it wouldn’t feel the same if I had to do it for someone else.)

ALOUD: Est-ce que de travailler comme styliste photo vous a donné envie de faire quelque chose qui vous appartienne vraiment?

(Did working as a photo stylist make you want to create something which really belonged to you?)

LILLY: Oui, parce qu’on veut sans cesse réinterpréter. J’ai toujours tendance à vouloir recréer des volumes, déformer les pièces pour obtenir certaines silhouettes qui n’étaient pas forcement l’intention du créateur. Ça donne envie de créer ses propres choses pour pouvoir contrôler ça.

(Yes, because one is constantly reinterpreting. I always want to recreate volumes, to deform the pieces to create silhouettes which were not necessarily the intention of the designer. It makes you want to design your own things so you can control that.)

ALOUD: Que pensez-vous de cette citation “Choisis un métier que tu aimes et tu ne travailleras pas un seul jour de ta vie.”?

(What do you think of this quote “Choose a job you love and you will never have to work another day in your life.”?)

LILLY: Je pense que c’est tout à fait vrai. J’ai beaucoup de plaisir à travailler. Même en vacances, je n’arrive pas à me détacher complètement. Je suis toujours à la recherche d’idées, j’ai envie de continuer, je suis impatiente de passer à autre chose. J’ai envie de ne jamais m’arrêter.

(I think that it is true. I thoroughly enjoy working. Even on holidays, I can not detach myself completely. I am always in search of ideas, I want to keep going, I am impatient to move on to the next step. I want it to never end.)

ALOUD: Définissez-vous une limite entre votre vie et votre travail?

(Have you defined a limit between your life and your work?)

LILLY: Malheureusement, je crois que non. La vie professionnelle l’a un peu emporté. La collection est devenue ma vie, mon quotidien.

(Unfortunately, I don’t think so. Professional life has sort of taken over. The collection has become my life, my everyday.)

ALOUD: Comment vous faites-vous connaître?

(How do you promote yourself?)

LILLY: C’est du bouche à oreille. Ce qui me plaît vraiment est la réaction des gens. Il y a toujours un petit émerveillement, surtout pour la collection bébé. Les réactions sont très sentimentales et émotionnelles. Nous n’avons pas vraiment de centrale de presse mais les gens qui aiment le produit l’aiment vraiment et ils ont envie de communiquer cette découverte.

(It is through word of mouth. What I really enjoy is people’s reactions. There is always a short moment of wonderment, especially with the baby collection. The reactions are very sentimental and emotional. We don’t really have a press strategy but people who like the collection really love it and want to share their discovery.)

ALOUD: Utilisez-vous beaucoup internet pour faire connaître votre travail?

(Do you use internet a lot to promote your work?)

LILLY: Oui. J’étais un peu contre Facebook au début mais pour la collection, c’est comme un blog où on raconte, on documente et on a des réactions. Quand on crée comme ça, on est un peu isolé et on ne sait jamais ce que pensent les gens. Avec une collection par an, j’avais peur d’être oubliée mais je me rends compte maintenant que quand la collection arrive, les gens ont attendu et sont impatients d’avoir la surprise.

(Yes, I used to be a little bit against Facebook but for the collection, it is like a blog where I can share news, document progress and get reactions. When one creates like this, one is slightly isolated and never knows what people are thinking. With one collection per year, I was concerned I would be forgotten but I realize now that when the collection arrives, people have waited and are eager to have the surprise.)

ALOUD: De votre situation actuelle, qu’aimeriez-vous changer?

(Of your current situation, what would you change?)

LILLY: Peut-être d’habiter à la campagne. J’aurais plus de temps et plus d’inspiration dans la nature. Ce serait parfait. J’aimerais pouvoir me retirer un peu pour pouvoir consacrer encore plus de temps à la création et avoir du temps pour moi.

(Maybe to live in the country. I would have more time and inspiration in nature. It would be perfect. I would like to withdraw a little bit so I can spend even more time on creation and myself.)

ALOUD: En conclusion, les risques en valent-ils la peine?

(In conclusion, are the risks worth it?)

LILLY: Oui, j’ai reconnu que ma vie était faite pour ça. Je pense qu’on ne peut vraiment rien prévoir dans la vie et il faut se laisser emporter. On ne fait rien si on est trop rationnel. Je me laisse toujours emporter par mes envies et je me fais toujours confiance. Tout se fait naturellement, les rencontres, les envies. Il ne faut pas trop de règles, il faut se laisser aller.

(Yes, I have recognized what my life was for. I don’t think one can really foresee anything in life and one must let go. We don’t do anything by being too rational. I always follow my ideas and I always trust myself. Everything happens naturally, encounters, desires. You shouldn’t have too many rules, you should let yourself go.)

To learn more about Lilly’s work, visit www.lillymarthe-ebener.com.

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3 comments

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  2. Jane

    Je crois qu’il n’y a pas de secret : La qualité supérieure est l’ingrédient qui assure le succès d’un créateur et les acheteurs avisés sauront attendre cette collection annuelle, d’autant plus que les articles achetés l’année précédente restent encore originaux et … solides.

    Quand on désire acquérir un bel objet ou un beau vêtement que l’on voudra garder très longtemps, on choisit avec discernement, loin de la frénésie qui caractérise la surconsommation.

    Les acheteurs qui ressentent un vide et qui partent constamment en “retail therapy” ne respectent pas le processus de création et ne comprennent pas le plaisir de retrouver dans sa garde-robe un vêtement chéri année après année. Tant pis pour eux !

  3. Pingback: Marie INTINI-WITTMANN & Talia SOUKI – PARIS, France – Founders of DON’T SWITCH ME OFF. | Aloud.

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