Rosa NAUDIN
PARIS, France
Architecte HMONP
 
As Rosa has learned, things in life don’t always go to plan. She wanted to study Object Design and ended up in Architecture. She graduated, went on holidays, came back to look for a job and the “Lehman Brothers” debacle happened. She thought she would take the time to learn the ropes of the trade before starting her own Architecture practice but that didn’t happen either. Only a couple of years after graduating, Rosa is now at the head, in partnership with old-friend and colleague Vivien Seevagen, of a small emerging Architecture practice in Paris.  Sometimes, life throws things your way and while some might be tempted to stick to the plan, others, like Rosa, just take it all and make the most of it.

ALOUD: Rosa, peux-tu commencer par décrire ton parcours vers l’Architecture?

(Rosa, could you start by describing your journey towards Architecture?)

ROSA NAUDIN: Je voulais faire du design d’objet, je n’aimais pas l’échelle de l’architecture mais j’avais compris que ça avait un rapport dans les façons dont ça s’étudie. Lorsque j’ai passé le concours de l’ENSI et des Beaux-Arts, je me suis aussi inscrite en Architecture. A l’issue de cette année là, j’ai été prise dans les écoles d’Architecture où j’avais déposé des dossiers et nul part ailleurs. Je me suis dit que ça valait le coup d’essayer. Je n’étais pas à l’école depuis un an après mon bac et je voulais retourner dans une structure. Je ne me voyais pas rentrer dans un métier directement. L’architecture a été une très bonne opportunité et au cours de la première année, j’ai vite compris que j’aurais envie de rester.

(I wanted to study object design, I didn’t like the scale of Architecture but I had worked out there was a connection in the ways they are studied. When I applied to ENSI and the Beaux-Arts, I also applied for Architecture. At the end of that year, I got accepted in Architecture but nowhere else. I figured it was worth giving it a chance. I hadn’t been in school for a year since High School and I wanted to re-enter a structure. I couldn’t picture myself getting into a profession straight away. Architecture was a good opportunity and throughout the first year, I quickly understood I would want to stay.)

ALOUD: Est-ce que d’avoir grandi dans un milieu artistique a influencé ton choix d’études?

(Did growing up in an artistic environment influence your choice of studies?)

ROSA: Oui, parce que j’avais l’impression de faire un coup d’état de sérieux par rapport à mes parents alors que les 80% des élèves avaient l’impression de faire un coup d’état de liberté et de risque. J’ai constaté que ça me plaisait de pouvoir dire que j’avais un “vrai métier” mais j’étais prête à m’inscrire aux Beaux-Arts donc finalement, je ne savais pas trop ce que je voulais. J’ai eu pas mal de concours des Beaux-Arts jusqu’à l’entretien où ça a toujours foiré. En Architecture, il n’y avait pas de problème au départ alors que tout ce que j’avais présenté ailleurs posait des problèmes de lecture et de compréhension. Le fait que mes parents aient tous les deux été dans des professions créatives artistiques (céramique et photographie) m’a un peu tenu dans une bulle. C’est plutôt avec l’Architecture que j’en suis sortie. Ça me gonflait quand on me parlait d’Architecture jusqu’au moment où j’ai commencé et ça s’est retourné complètement.

(Yes because I had the impression of taking a stand for seriousness in regards to my parents while 80% of the students felt like they were taking a stand for freedom and risk. I noticed that I enjoyed saying I had a “real job” but I would have just as easily signed up at the Beaux-Arts so really, I didn’t really know what I wanted. I got through to the interview stage for the Beaux-Arts several times but it always messed up at that point. In Architecture, there weren’t any initial problems whereas everything I had presented elsewhere triggered problems of interpretation and comprehension. The fact that both my parents were in creative artistic professions (ceramics and photography) sort of kept me in a bubble. It’s with Architecture that I got out. I got sick of hearing about Architecture until I actually started and everything totally changed.)

ALOUD: Est-ce que le fait que Malaquais soit une école qui se veut assez expérimentale t’a fait choisir cette école plutôt qu’une autre?

(Is it because Malaquais is a fairly experimental school that you decided to study there rather than somewhere else?)

ROSA: Oui. C’était par rapport à ces arguments là. Même plus précisément que ça, il y avait un entretien à plusieurs dirigé par Jean Attali et c’est lui qui m’a convaincu que j’avais un bon profil. Il faut savoir que je sortais d’une longue série d’entretiens où je me faisais envoyer dans les cordes avec pas mal de grossièreté donc j’étais très surprise parce que j’y étais allée sans avoir particulièrement envie de convaincre. J’ai choisi Malaquais parce que ça me paraissait plus adapté à moi et je ne sais pas si je serais restée ailleurs.

(Yes, it had to do with those reasons. And even more precisely, there was a group interview led by Jean Attali and he convinced me that I had a good profile. You have to remember that I was just getting out of a long series of interviews where I was being thrown around with quite a bit of rudeness so I was very surprised since I had gone without especially wanting to convince anyone. I chose Malaquais because it seemed more suited to me and I don’t know if I would have stayed had I gone somewhere else.)

ALOUD: Est-ce qu’au cours de tes études, tu as trouvé des mentors qui t’ont beaucoup influencé?

(Throughout your studies, did you find mentors who might have influenced you?)

ROSA: Non et je le regrette. J’ai été encadrée à la fin de mes études par un jeune prof qui était une sorte de mentor mais plutôt pour la partie recherche, l’écriture or ce n’est pas ce sur quoi je travaille beaucoup en ce moment. C’est un mentorat particulier parce qu’il n’est pas beaucoup plus âgé que moi et qu’aujourd’hui, on se retrouve un peu sur un pied d’égalité. Je l’ai cherché aussi dans le travail. Il y a quand même eu une figure qui domine, Patrick Bouchain, mais ça s’est vite transformé en complicité et reconnaissance. J’ai encore une relation serrée avec son associée qui s’appelle Nicole Concordet. On se parle encore beaucoup mais c’est plus du domaine de l’aide. J’ai vraiment eu le sentiment de chercher ça et de ne pas le trouver mais je pense que ça peut difficilement ne pas avoir de sens au vu du fait que j’ai maintenant décidé de travailler pour moi. C’est finalement là où je suis le mieux.

(No and I think it’s a shame. I was supervised at the end of my degree by a young teacher who was a sort of mentor but more so for areas of research and writing, but this isn’t what I have been working on lately. It’s a different kind of mentoring since he isn’t much older than me and nowadays, we are on fairly equal footing. I have also looked for it through work. There is nevertheless one figure who dominates, Patrick Bouchain, but it quickly turned into a sort of complicity and acknowledgment. I still have a close bond with his associate, Nicole Concordet. We talk a lot but it is more like help. I have really felt like I had been searching for it and couldn’t find it but I think that it must have a meaning considering I have now decided to work for myself. This is ultimately where I feel the best.)

ALOUD: Comment s’est passée la transition entre la fin des études et le début de la vie professionnelle?

(How was the transition between the end of studying and the start of your professional life?)

ROSA: De manière chaotique. J’ai eu mon diplôme, j’étais épuisée, je suis partie en vacances 2 mois et je suis rentrée pendant la crise de Lehman Brothers. Dans les milieux périphériques, les gens ne prenaient pas tout de suite la mesure de ça mais dans le milieu de la construction lui-même, ils ont serrés les rangs très forts, tout de suite. J’ai un petit peu attendu dans cette situation et j’ai pris un job alimentaire en continuant de chercher. J’ai quand même pris contact, en mettant tout bout à bout, avec quasiment 80 agences. Ça m’a renvoyé à la question de ce que j’avais à vendre en sortant de Malaquais. Un an jour pour jour après mon diplôme, quelqu’un m’a appelé de La Rochelle qui cherchait à remplacer une architecte en congés de maternité. J’ai dit oui tout de suite et je suis partie dans la semaine. Les villes dites de Province en France sont des microcosmes de travail. Quand je fais le point aujourd’hui, je trouve que j’ai vu beaucoup de choses dans cette petite agence et puis surtout, j’ai vu une femme diriger une agence seule. J’ai enchaîné avec un bureau de Scénographie Technique et Architecture. Mon contrat de 6 mois a fait valoir mon habilitation à la maîtrise d’œuvre. J’ai appris à travailler comme Bureau d’Etude avec les architectes. De là j’ai pu bien voir comment travaillent les architectes. Je ne me suis jamais profondément intégrée dans une agence puisque je ne suis jamais restée plus de 6 mois. A ce moment là, j’avais trouvé mon premier projet en mon nom propre. Avoir mon premier projet, que j’ai fait avec Vivien, a été un tremplin énorme. Vivien et moi nous sommes rencontrés en 1ere année d’architecture à Malaquais et nous nous sommes suivis et entraidés tout au long de nos projets d’étude, jusqu’au diplôme et même jusqu’à passer notre habilitation à la maîtrise d’oeuvre quasiment ensemble. On savait qu’on voulait travailler ensemble et monter un bureau depuis quelques années déjà. Après le stage chez Bouchain, c’est la première expérience qui m’a vraiment enchantée. Une des choses qui m’a le plus poussé à prendre des risques, dont le risque financier, était mon état de santé général. J’avais l’impression de m’éloigner de moi, de ne plus avoir de temps du tout. C’est le ras-le-bol de ça qui m’a vraiment poussé à trouver des affaires qui me permettraient de continuer à travailler pour moi. Suite au premier chantier qui a plu, d’autres gens nous appellent. La chaîne commence.

(It was chaotic. I graduated, I was exhausted, I went on holidays for 2 months and came back during the Lehman Brothers crisis. On the periphery, people weren’t completely grasping the full measure of it but in the construction industry itself, they tightened everything, very quickly. I waited in that situation for a little while and eventually took a small job while still looking in Architecture. I still made contact, if you put it all together, with about 80 firms. It made me ask myself what I had to offer as a graduate from Malaquais. One year to the day after I graduated, a woman from La Rochelle was looking for someone to replace an architect going on maternity leave. I said yes immediately and left Paris within the week. Regional cities in France are microcosms of work. When I reflect on it today, I realise that I saw a lot in this relatively small office but furthermore, I saw a woman run her own firm by herself. I then worked for a Scenography and Architecture office. My 6 months contract qualified me to register as an Architect. I learned to work as a consultant to Architects. From there, I was able to observe how Architects really work. I have never truly integrated into an office because I have never stayed beyond 6 months. At that time, I had found my first project in my own name. This first project, which I collaborated on with Vivien was a huge launch pad. (Vivien Seevagen and I met in first year of Architecture at Malaquais and we have followed and helped each other throughout our studies, up to graduation and even registering together. We have known we would want to work together and start an office for a few years already.) After working for Bouchain, it was the first experience that really thrilled me. One of the things that made me accept to take risks, including financially, was my general health. I felt like I was losing myself, that I never had any time at all. It was this dissatisfaction that really pushed me to find jobs that would allow me to keep working for myself. Following the first project which was successful, other people started calling us. The chain is beginning.)

ALOUD: Pourquoi est-ce que tu préfères travailler en collaboration?

(Why do you prefer working in a collaboration?)

ROSA: Parce que je n’arrive pas à penser toute seule. De manière pratique, être toute seule au bureau et tout gérer, c’est pas ma passion. A un niveau plus humain, au début du projet, au niveau de l’esquisse, ça me prend 10 fois plus de temps si je le fais seule que si je le fais avec Vivien. On ne peut pas faire ça avec tout le monde mais je peux toujours élaborer avec lui parce que nos deux pensées se tressent ensemble.

(Because I can not think on my own. In a practical sense, being alone in the office and handling everything is not my thing. On a more personal level, at the start of a project, in the early sketches, it takes me 10 times longer if I do it on my own than if I do it with Vivien. I can not do that with everyone but I can always elaborate with him because our individual thoughts tend to mesh together.)

ALOUD: Est-ce que vous avez trouvé un équilibre au niveau de la répartition des tâches?

(Have you found a balance in terms of assigning various tasks?)

ROSA: Pour l’instant, il n’y a pas de politique là-dessus. On fait tous les deux un peu tout.

(For the moment, there is no policy on that. We both do basically everything.)

ALOUD: Naturellement, il y a des gens qui sont plus à l’aise avec l’aspect administratif, la gestion du projet et d’autres qui sont plus à l’aise avec la conception et le dessin par exemple.

(Naturally, some people are more comfortable with the administrative and managing side of things while other might be more comfortable with design and drawing for example.)

ROSA: Pour l’instant, on est vraiment complémentaires. On s’amène plutôt à être tous les deux au même point avec l’ensemble des compétences. Pour notre association, c’est plus pertinent d’être le plus complet possible. Et il faut garder du temps pour aller voir des choses, lire, se nourrir sinon on a plus rien à proposer, on est complètement secs. Il y a eu des moments où je n’avais plus l’énergie de proposer quoi que se soit. Mon côté créatif était en train de se tarir et sans ça, il n’y a plus de raison de faire un métier comme l’architecture.

(For the time being, we are really complementary. We try to get each other at the same level on most things. For our partnership, it makes more sense to try and be as complete as possible. And we need to keep time to see things, read, nourish ourselves otherwise there is nothing left to offer, we get all dried out. There were times when I didn’t have the energy to suggest anything anymore. My creative side was drying up and without that, there is no reason to be an architect.)

ALOUD: Est-ce que tu trouverais difficile dans l’avenir de déléguer une partie du travail?

(Would you find difficult in the future to delegate part of the workload?)

ROSA: J’adore déléguer. Si j’embauche des gens, je me cale sur le rythme pour que ça avance, il est hors de question de bloquer la machine. Je pense savoir le faire parce que je peux assumer les dérives. Pour l’instant, je ne pense pas que je sache suffisamment faire toute seule pour pouvoir très bien déléguer. Je reviens un peu sur la question du mentor parce que j’en ai quand même un, c’est mon parrain qui est producteur de cinéma. Il m’a dit “rien ne t’empêche d’embaucher quelqu’un qui est plus compétent que toi”. Ça m’a délesté d’un poids énorme que j’avais puisque je ne peux pas enseigner quelque chose que je ne sais pas.

(I love to delegate. If I hire people, I follow their pace so it can keep going forward, it is out of the question to obstruct the machine. I think I know how to do it because I can take responsibility for the unforeseen. For the time being, I do not think I can do enough on my own to be able to delegate that well. I’m coming back to the question of the mentor because I do actually have one, my godfather who is a movie producer. He said once that  “nothing says you can’t hire someone who is more competent than you are”. That lifted a huge weight because I can not teach something I don’t know.)

ALOUD: Est-ce que tu es très volontaire pour parler de tes idées avec les gens qui t’entourent?

(Do you tend to freely speak of your ideas with the people around you?)

ROSA: Je parle pas mal de ce qu’on fait mais pas dans les détails. Il y a une sorte de pudeur, peut-être que c’est Parisien. Sur des aspects plus généraux, je parle beaucoup et parfois trop. J’ai tendance à parler beaucoup d’écologie. Vivien m’a dit une fois que l’écologie n’est pas une question. Je trouve qu’il a raison parce que l’écologie ne sert pas à concevoir, ça sert à construire.

(I talk about our work quite a bit but not in much detail. There is a sort of bashfulness, maybe it is Parisian. On more general aspects, I talk a lot and sometimes even too much. I tend to talk a lot about ecology. Vivien told me once that ecology shouldn’t be a question. I think that he is right because ecology isn’t used to design but rather to build.)

ALOUD: Il y a beaucoup d’éléments de la démarche écologique qui sont par défaut comme le fait de vouloir de la lumière naturelle, d’isoler etc.

(There are a lot of elements of the ecological approach that are just default choices like wanting natural light, insulation etc.)

ROSA: C’est de la logique et du bon sens mais sur un plan politique c’est très important. Sur ce qu’on fait dans la pratique, finalement, on en parle pas tant que ça. Je voudrais qu’on établisse plus, dans une expression verbale ou écrite, ce qu’on veut faire. Ça nous permettrait de mieux cibler les objectifs de l’agence. A la suite de ça, ce sera plus facile de parler de ce qu’on fait.

(It’s logic and common sense but on a political level, it’s very important. With what we actually end up doing, in the end, we don’t talk about it that much. I would like us to establish better what we want to do, whether it is verbally or as a text. It will help us focus more on the objectives of our practice. Following that, it will be easier to talk about what we do.)

ALOUD: Sur quels types de projets travaillez-vous actuellement?

(What type of projects are you currently working on?)

ROSA: On a deux projets qui sont finis. L’un était une rénovation d’appartements dans un ancien hôtel particulier à Paris. C’était pour ma belle-mère et donc avec la particularité de travailler avec sa famille. L’autre était un stand sur mesure pour une boite de logiciels. En ce moment, on travaille sur une réhabilitation/extension de maison en Touraine. C’est vraiment intéressant de récupérer une maison dite “pas belle” que tout le monde aurait envie de casser mais d’en faire quelque chose. Ça fait partie de ce qui est pour moi un sens de l’écologie politique, pourquoi casser? Il y a un ré-aménagement et changement de façade pour une maison parisienne. Ils ont déjà construits ou aménagé mais jamais avec un architecte. On a un projet qui traîne depuis un an d’aménagement d’appartements à Meudon. Celui là va jusqu’à la déco. Ça me plaît assez dans la pratique mais je trouve que ça ne faisait pas vraiment partie de la mission de l’architecte.

(We have two finished projects. One was an apartment renovation in Paris. It was for my mother-in-law and therefore with the particularity of working with family. The other was a custom stand for a software company. At the moment, we are working on the renovation/extension of a house in Touraine. It is really interesting being handed a so-called “ugly house” that everyone would want to demolish and doing something with it. That is, in my opinion, one facet of political ecology, why break? Then we have a renovation and new facade  for a Parisian house. The clients have already renovated and built but never with an architect. We have a slow project for an apartment renovation in Meudon. This one goes all the way down to the decoration. I don’t mind doing it but I find that it wasn’t completely part of the architects’ brief.)

ALOUD: Mais ça peut aboutir à un projet très fini.

(But it could result in a very finished project.)

ROSA: Très précis alors qu’on intervient très peu architecturalement. En cours aussi, il y a le ravalement d’un très gros immeuble à Levallois où le client est une copropriété privée.

(Very precise even though we are actually altering very little architecturally. In progress also is a facelift for a very big building in Levallois for which the client is a private ownership.)

ALOUD: Est-ce que vous dites oui à tout ce qui se présente?

(Do you say yes to everything that comes along?)

ROSA: Plutôt mais il va falloir s’arrêter pour des raisons d’objectifs. Je pense que Vivien est plus préoccupé du type de commande qui rentre que moi. Mais je suis consciente qu’il faut faire attention parce qu’on a pas envie d’être une agence d’architecture d’intérieur et je ne me fais pas d’illusions, à Paris, ça va être plus de 50% de l’activité. Il faut maintenir un cap où un pourcentage de l’activité est de la maîtrise d’œuvre, que ce soit construire du neuf ou transformer.

(Basically but we need to stop for reasons to do with our objectives. I think Vivien is more concerned than me by the type of projects we bring in. I am aware that we have to be careful because we don’t want to become an interior architecture practice and I am not fooling myself, in Paris, that will represent more than 50% of our activity. We need to maintain a direction where a percentage of the activity is construction, whether it is new or transforming an existing structure.)

ALOUD: Qu’est-ce qui vous ferait dire non à un projet?

(What would make you say no to a project?)

ROSA: Le risque humain. Ça commence au début. Il ne faut pas aller dans les marchés où ça craint. Il faut vérifier que les gars sont déclarés, comment ils sont rémunérés. Là-dessus, je suis assez ferme et je pense que je vais tenir ce cap. Il faut savoir où on en est. A force que personne ne sache, il y a des gens qui meurent sur les chantiers. Et ensuite, ça va paraître complètement parisien gauche caviar, mais je me demande si je pourrais travailler pour tout le monde. Je pense que je serai capable de dire à quelqu’un qui vient vers moi que je ne suis pas l’architecte qu’il lui faut mais je ne le dirai pas pour rigoler, je le dirai parce que je le pense vraiment. Donc finalement, c’est très humain. On ne va pas refuser des choses parce que c’est un domaine auquel on a jamais touché.

(A human risk. It starts at the beginning. One can not go near shifty arrangements. One has to check the workers are declared, that they are getting paid properly. On that, I am pretty firm and I will keep heading that way. We have to know what’s going on. As a result of no one knowing anything, there are people dying on construction sites. And then, it is going to seem completely “Champagne socialist” but I wonder if I could work for everyone. I think that I would be capable of telling someone who approached me that I am not the architect for him but I wouldn’t say it for fun, I would really mean it. So essentially, it’s the human factor. We wouldn’t decline offers because it was a brief we weren’t familiar with.)

ALOUD: Quels sont vos outils de promotion?

(What are your tools for promoting yourself?)

ROSA: On n’en a pas encore. On a acheté un domaine pour un site qui est en construction et qui sera en ligne à la fin du mois : http://www.ns-archi.com . Pour l’instant, c’est au hasard des rencontres. Plusieurs de nos clients actuels ont vu l’appartement de notre première cliente donc ça joue mais je pense qu’on a d’autant plus intérêt à montrer ce qu’on fait sur un site. On a pensé à racheter une vielle baraque et la retaper. Ça c’est vraiment l’auto-promotion. C’est mal vu dans le milieu de l’Architecture en France et du coup, il n’y a que des jeunes qui le font tout comme c’est mal vu de monter une SARL d’Architecture parce qu’on est censé estomper totalement la dimension commerciale de l’architecture.

(We don’t have any yet. We have bought a domain name for a website which is under construction and will be online at the end of the month : www.ns-archi.com . For the moment, it is up to chance encounters. Several of our current clients have seen the apartment of our first client so it does play a part but I think that it is an even better reason to show it on a site. We thought about buying an old house and doing it up. That is really self-promotion. It’s not well seen in the Architecture world in France and so, only young people do it just like it’s frowned upon to start a small business in Architecture because we should be totally hiding the commercial aspect of Architecture.)

ALOUD: Ce qui mène bien à la question de savoir où tu délimites ta vie de ton travail?

(Which leads me to the question about where you draw the line between your life and your work?)

ROSA: Je voudrais établir une limite. J’ai pas le sentiment de devoir porter mon travail personnellement à tout prix. On hésite même à utiliser nos noms pour l’agence. Je préférerai qu’on trouve un nom qui soit indépendant. Je vois la société d’architecture comme un outil génial pour travailler mais c’est un outil. Si je n’ai pas ça, je n’ai que moi comme outil. De rester là-dedans, c’est aussi se faire subir les conséquences de sa liberté de choix.

(I would like to establish a limit. I do not feel like I should personally carry my work at all cost. We are even hesitating about using our own names for the practice. I would rather come up with an independent name. I see the architecture company as a great tool for working but it is a tool. If I don’t have that, I become my only tool. To stay like that is also to suffer the consequences of our freedom of choice.)

ALOUD: Que penses-tu de cette citation: “Choisis un métier que tu aimes et tu ne travailleras pas un seul jour de ta vie.”?

(What do you think of this quote: “Choose a job you love and you will never have to work a single day in your life.”?)

ROSA: Je n’ai pas de problème avec le fait de travailler. J’ai eu besoin de prendre un endroit pour vivre qui soit séparé de l’endroit où je travaille. Ça me plaît beaucoup de me dire, je vais au travail. Mes parents m’ont donné une arme de combat massive. Je les ai vu travailler et je sais ce que c’est. Ils m’ont appris à travailler d’une telle façon que je ne peux pas travailler autrement. J’aime tellement le travail que toutes les entraves que je vois dans certains collectifs des agences ou ailleurs me paraissent intolérables. Le temps qu’on passe à faire les choses, c’est sa vie et il faut mesurer à quel point c’est précieux. En général, les gens qui travaillent en freelance sont très responsables d’eux-mêmes, je connais quasiment personne qui travaille en indépendant qui ne soit pas entier. J’ai l’impression dans le cas des gens qui m’entourent, que ça se décide jeune professionnellement. Après, il y a un autre moment vers 40 ans.

(I don’t have an issue with the idea of working. I did need to have a place to live that is separate to where I work. I really like saying, I am going to work. My parents gave me a huge weapon. I have seen them work and I know what it means. They taught me to work in such a way that I can not work any other way. I love working so much that every obstacle I see in some practice dynamics seem unbearable to me. The time we spend doing things is our life and we have to measure how precious that is. In general, people in freelance are very responsible for themselves, I barely know anyone working independently that isn’t whole. I have the impression that amongst people I know, it is a decision that is made in the early professional years. There is another time around 40 years old.)

ALOUD: Est-ce que tu pense qu’être une femme force à faire ces choix plus rapidement?

(Do you think that women have to make these decisions faster?)

ROSA: Ce que je disais par rapport à un cap maintenant et à 40 ans, c’est bien la question des enfants, c’est que la vie et le temps se contractent. C’est une période qui pour les femmes est cruciale, entre 28 et 36 ans. Je ne sais pas comment ça va se passer pour moi mais je sais que c’est une question permanente. Ça s’est déclenché vers 27 ans et le temps n’était plus le même. Je vois bien que pour les hommes, c’est pas pareil.

(What I was saying about a point now and a point at 40 years old, is precisely the question of children, it’s that life and time seem to contract. It’s a crucial time for women, between 28 and 36. I am not sure what will happen for me but I know it is a constant question. It started around 27, time just stopped being the same. I can see that for men it doesn’t happen this way.)

ALOUD: Les années comptent d’une manière très différente.

(The years count very differently.)

ROSA: C’est pas seulement une année qui passe mais ce qu’il s’est passé pendant cette année. Et c’est pareil avec un enfant, c’est pas tellement de le faire, ça c’est plutôt facile, mais c’est qu’il va grandir et dans quelles conditions? J’étais quand même pas sure d’avoir envie d’élever un enfant à Paris mais si je travaille à Paris, comment je fais? Tout ça nous amène à faire des choix très conscients de notre désir. C’est rare que les femmes ne sachent pas vraiment ce qu’elles veulent mais elles sont prêtes à marcher dessus pour des raisons souvent pratiques.

(It isn’t only about the year itself but rather what happened during that year. And it is the same with a child, it’s not really about having one, that’s pretty easy really, but it will grow up and in what conditions? I wasn’t certain I wanted to raise a child in Paris but if I’m working here, what should I do? All those things bring us to make choices that are very conscious of our desires. It’s rare that women don’t know what they want but they are ready to walk all over it for often practical reasons.)

ALOUD: De ta situation actuelle, qu’aimerais-tu modifier?

(Of your current situation, what would you change?)

ROSA: J’aimerais que l’agence grossisse et pas forcément dans la forme d’avoir des employés mais de pouvoir se réunir avec d’autres gens sur certains projets. Un peu comme une coopérative. Je trouve que c’est un système très riche, très humain et qui peut produire beaucoup de choses.

(I would like the practice to grow and not necessarily by adding employees but rather being able to team up with other people on certain projects. Similar to a Co-op. I find that it is a very rich, very human system which can produce a lot.)

ALOUD: Est-ce que tu penses que le risque de se lancer en freelance comme tu l’as fait en valait la peine?

(Do you think that taking the risk to go freelance as you did was worth it?)

ROSA: Oui, vraiment. Je prends les risques mais je ne m’en rends pas compte, pas complètement. J’ai voulu ne pas les prendre. Je pensais organiser les choses dans l’autre option qui était s’inscrire dans la ligne d’une agence pré-existante, devenir chef de projet, profiter de la structure et après, en fonder une nouvelle. Ça n’a pas été possible et du coup, je suis partie dans la première option mais sans avoir la sensation de prendre d’énormes risques. Il y a un risque que je ne prends pas en ce moment, c’est de faire un enfant qui amplifierait la question de s’accomplir. Mais je pense qu’en étant en freelance, j’ai beaucoup plus le choix du moment où je vais le faire. Je trouve que dans notre société, c’est assez luxueux de pouvoir organiser son temps, de ne pas avoir à expliquer ses méthodes de travail. J’ai plus de travail mais j’ai plus de temps pour moi.

(Yes, really. I take the risks but I don’t realise it, not completely. I wanted not to take them. I thought I would be organising things in the other option which was to integrate an existing practice, become project manager, take advantage of the structure and then, found a new practice. It didn’t work out that way and so, I went into the first option but without the feeling of taking huge risks. There is one risk I am not taking yet, which is to have a child which would emphasize the question of achievement. But I do think that being freelance, I have much more choice over the right moment to do it. I find that in our society, it is pretty luxurious being able to organise one’s time, not having to explain one’s work methods. I have more work now but I also have more time to myself.)

When the time came to recommend another woman who should be on this blog, Rosa made several suggestions :

Nicole Concordet is an architect and scenographer based in Paris. She has designed and built several public buildings in association with architect Patrick Bouchain as well as independently.

Léo Morand is an emerging architect in Paris. She is part of an Architecture and Art collective active in New York and Paris under the name of MUT.

Adrienne Bornstein is one half of the graphic design and visual communication partnership, Bornstein & Sponchiado, based in Paris.

Léa Rinaldi is a freelance journalist, film-maker and image reporter based in Paris.

To see more of Rosa’s work, in partnership with Vivien Seevagen, make sure to check for the upcoming launch of their brand new website on www.ns-archi.com .


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One comment

  1. Jane

    Rosa’s thoughts remind us of the importance of time: Time for school, time for professional experience, time for home, time for work, time for children and time for … thought.

    Just as bouncing ideas off of Vivien is crucial to their creative process, even more so, pausing, making time just to think is probably hard to fit into a busy freelancer’s schedule.

    Yet this is crucial since from your refreshed and nourished thoughts stems your daily creativity.

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