Morgane BUISSIERE
PARIS, France
Actor

 
 
 
 
As passions often do, Morgane’s for theatre started early and without compromise. Since her first moments on stage, exploring roles and inhabiting characters has given her a lens through which she could explore and inhabit her own world, giving it meaning and purpose. She navigates between the real and the staged, being actor and spectator, interpretation and expression, constantly in motion. She compares her journey as an artist to taking a walk, sometimes along wide avenues lined with trees and sometimes along small country roads. Once in a while, she stops and reavaluates her course. No matter the detours or the obstacles along the way, she keeps moving, staring at the horizon. She knows that the only way is forward.

ALOUD: Morgane, Peux-tu commencer par expliquer comment ta passion pour le théâtre a émergé?

(Morgane, could you start by explaining how your passion for theatre emerged?)

MORGANE BUISSIERE: J’ai pris mon premier cours de théâtre en sixième, c’était l’idée de ma mère. Peut-être qu’elle avait senti que j’étais timide mais que j’avais déjà une fibre artistique. Il y avait un contraste entre mon envie de créer et de m’exprimer et cette retenue que j’avais qui m’en empêchait. Là, à 11 ans, être sur scène était la première révélation, la toute première envie qui était grande mais qui restait encore floue. Du coup, je me suis inscrite dans une école de théâtre pendant plusieurs années. J’ai beaucoup appris très tôt et cet univers du théâtre, l’esprit de troupe m’attirait beaucoup. C’est vraiment la facette de ce métier que j’aimais, le groupe, la famille artistique qu’on choisit ou qui nous choisit. C’était vraiment une passion qui naissait et avec laquelle je voulais aller de plus en plus loin.

(I took my first theatre class in 6th grade, it was my mother’s idea. Maybe she could feel that I was shy but that I already had an artistic side. There was a gap between my desire to create and express myself and a restraint that kept me from doing it. There, at the age of 11, being on stage was the first revelation, the very first desire that was strong but still a bit vague. I joined a theatre school for several years. I learned a lot very early on and this world of theatre, this notion of a company really appealed to me. It was really the facet of this profession that I loved, the group, the artistic family we choose and that chooses you. It was a real passion that was arising which I wanted to take further and further.)

ALOUD: Très tôt, tu as vu le théâtre comme ton métier. Est-ce que tu as envisagé d’autres carrières?

(Very soon, you saw theatre as your profession. Did you ever consider different careers?)

MORGANE: Au début oui, surtout pendant l’adolescence où on a envie de plein de choses. Le théâtre m’attirait fortement mais c’était flippant de me dire “je vais en faire une carrière”. J’avais beaucoup de mal avec le système scolaire. Je voulais suivre un cursus général mais on me forçait vers un BEP ou CAP. Je me suis dis que puisque le système général se refuse à moi, je pouvais faire un apprentissage. Le maquillage m’intéressait. C’était une option pour me rapprocher du milieu du théâtre ou du cinéma mais j’avais peur que ça m’éloigne en même temps. Ensuite, j’ai appris qu’on déménageait au Japon. J’avais les mêmes problèmes scolaires mais il y avait les cours de théâtre du mercredi après-midi. J’étais tellement passionnée que je m’étais inscrite dans tous les groupes et dans tous les spectacles. Avec le prof de physique, on a monté “les palmes de monsieur Schultz” et je jouais Marie Curie. C’était génial de pouvoir jouer quelqu’un avec un esprit purement scientifique alors que j’étais nulle en maths. Ca m’autorisait ça. A la fin de cette année scolaire difficile, je me suis aperçu qu’il n’y avait plus que le théâtre. Je venais d’avoir 18 ans, j’ai décidé de rentrer en France et de m’inscrire dans un conservatoire d’arrondissement pour continuer ma formation. Tout le monde m’encourageait à passer le conservatoire. J’ai d’abord passé le concours pour une autre école que je n’ai pas eu. Sur le coup, j’avais un peu oublié cette histoire de conservatoire. J’ai passé le premier tour. Là, je me suis vraiment mise au boulot et c’est passé comme dans un rêve mais, en même temps, j’étais pas du tout préparée aux trois années qui allaient suivre. C’est là que j’ai découvert la concurrence, l’ambition et l’importance de la montrer, de l’exprimer. J’ai aussi découvert la notion de travail. On m’a demandé de repartir de zéro. Je me disais “plus j’apprends, plus je ne sais rien”. J’ai toujours eu l’impression que le théâtre me révélait ce que je devais être.

(At first, yes, especially as a teenager when you want lots of different things. Theatre was appealing to me but it was scary to think “I’m going to make it a career”. I had a lot of trouble with the school system. I wanted to follow a general course but I was being pushed into a professional orientation. I thought that since the general system didn’t want me, I could do an apprenticeship. I was interested in make-up. It was one option to get closer to the theatre or movie industries but I was worried it would distance me from it at the same time. Around that time, I learned that we were moving to Japan. I had the same problems in school but we had the Wednesday afternoon theatre classes. With the physics teacher, we put a play on, “Les Palmes de Monsieur Schultz”, and I had the role of Marie Curie. It was great being able to play someone with a purely scientific mind even though I was terrible in maths. It allowed for that. At the end of this challenging school year, I realised that theatre was all there was left. I had just turned 18, I decided to go back to France and to join a neighborhood conservatory to pursue my training. Around me, people were pushing me to apply to the National Conservatory. I first applied to another school which didn’t accept me. At the time, I had somewhat forgotten about the Conservatory. I passed the first round. That’s when I really got to work and I got in. It felt like a dream but, at the same time, I wasn’t at all prepared for the three years that would follow. That’s when I discovered competition, ambition and the importance of showing it, expressing it. I also discovered the notion of work. I was asked to start again from zero. I was telling myself “the more I learn, the less I know”. I always had the feeling that theatre was revealing to me what I was meant to be.)

ALOUD: Comment est-ce que le conservatoire t’a préparé pour le début de ta carrière?

(In which ways did the conservatory prepare you for the start of your career?)

MORGANE: C’était déjà mettre un pied dans le métier. Tu rentres dans une grande maison, entourée de gens qui veulent faire la même chose que toi et qui sont en train d’aiguiser leurs armes pour y arriver. C’est violent mais c’est stimulant. En même temps, c’est encore le cocon où tu peux tout essayer. On a travaillé avec des pros. On jouait dans le grand théâtre du conservatoire et je retrouvais ce que j’avais toujours attendu, le collectif, monter un spectacle en groupe avec quelqu’un qui orchestrait. C’était comme le marché du travail avec une équipe et quelqu’un qui la mène.

(It was already having a foot in the door. One enters a big house, surrounded by people who want to do the same thing and who are sharpening their tools to get there. It’s brutal but stimulating. On the other hand, it’s still a cocoon where one can try anything. We were working with pros. We were playing in the main conservatory theatre and I found what I was always striving for, the collective spirit, putting on a show as a group with someone orchestrating it. It was just like the workforce with a team and a director.)

ALOUD: Et un public.

(And an audience.)

MORGANE: Un énorme public. On sait qu’on est attendu au tournant parce qu’on est censé être gage d’excellence. C’est des supers souvenirs de scène, on obtient des résultats, on a la possibilité d’avoir des beaux rôles, on rencontre des gens très intéressants. Mon entrée dans le monde professionnel a découlé de mon expérience en troisième année où j’ai fait la connaissance de Gildas Milin qui nous a fait faire un atelier avec un texte écrit pour nous. A l’issue de l’atelier, il a rappelé trois d’entre nous et là, c’était le premier choix qui s’est posé professionnellement. Il nous a proposé un projet à créer à Avignon en juillet 2007. Il fallait y aller dés le mois de juin et commencer des repetitions à Paris en mai donc on ne pourrait pas faire le dernier atelier de troisième année. J’ai choisi de bosser avec Gildas parce que je savais que ma vie professionnelle allait démarrer grâce à ça. C’est quelqu’un qui travaille en douceur avec les comédiens et les laisse prendre une grande part de créativité. Il m’a écrit une chanson et je l’ai chanté. Il m’a offert la possibilité de découvrir ma voix. Ce spectacle là (Machine sans cible), je l’ai joue pendant 2 ans, d’abord à Avignon, puis à la Colline et ensuite dans plusieurs villes de France. D’autre part, Il y a eu la compagnie avec Arny Berry. Le premier spectacle avec Arny était en 2001 et j’étais encore au conservatoire du XVeme. On avait deux dates dans l’amphithéâtre de Jussieu avec un mois pour le monter.

(A huge audience. We knew people had high expectations since we were supposed to represent a standard of excellence. Those were great stage memories, we got results, we had opportunities for great roles, we met very interesting people. My entry into the professional realm was a result of my experience in final year where I met Gildas Milin who offered a workshop with a text written especially for it. Following the workshop, he called three of us back and that was the first real decision I had to make professionally. He offered us a project that was to be created in Avignon in July 2007 (in the context of a famous theatre festival) . We would have to be there as early as June and start rehearsing in Paris in May, which would mean not being able to complete the final workshop. I chose to work with Gildas because I knew that my professional life would start with this project. He is someone who works gently with the actors and lets them have a lot of creativity. he wrote a song which I performed. He gave me the chance to find my voice. This show (Machine sans cible) was performed over 2 years, first in Avignon, then at “la Colline” and finally in several cities in France. In parallel, I was involved with Arny Berry’s company. My first play with him was in 2001 and I was still at the neighborhood conservatory. We had two dates at the Jussieu amphitheater with one month of preparation.)

ALOUD: Quelles sont les différences entre jouer d’une part dans une structure indépendante sans énormément de soutien et d’autre part, jouer une pièce de deux ans dans une structure très établie?

(What are the differences between working with an emerging independent structure and on the other hand, playing for 2 years within a very well established structure?)

MORGANE: A l’époque avec Arny, je ne pensais pas forcement tout à fait “carrière” mais pour moi c’était un vrai spectacle, au même titre que n’importe quel spectacle qu’on peut faire dans un théâtre. Au niveau de l’engagement, ça ne change rien parce que c’est la passion qui réunit les gens. Ensuite, travailler avec Gildas, à la Colline, on jouait devant un public très exigeant. Ce ne sont pas les parents et les amis. Ce sont des gens qui ont déjà un a priori positif ou négatif sur le mec qui écrit et met en scène. J’étais encore jeune, semi-professionnalisée mais je jouais avec des acteurs pros qui en étaient à leur dixième, quinzième pièce. On avait à faire aux egos de chacun et l’esprit de camaraderie n’etait pas forcément là. Je dirais que c’était une grande différence. Arny a cette grande qualité de créer le groupe et gérer les tensions sans combats d’egos. On est tous logés à la même enseigne.

(At the time, with Arny, I wasn’t quite thinking “career” yet but as far as I was concerned, it was a real show, just like any other show you might have in a theatre. In terms of engagement, it doesn’t make any difference because it is passion that brings people together. Then, working with Gildas, at “la Colline”, we were playing in front of a very sharp audience. It wasn’t friends and family. They were people who already have a pre-conception, positive or negative, of the guy who writes and directs. I was still young, only semi-professionalised but I was working with professional actors who were up to their 10th, 15th play. We had to deal with everybody’s egos and the spirit of camaraderie wasn’t always present. I would say that that made a big difference. Arny has a talent of creating a group and dealing with tensions without ego struggles. We are all in the same boat.)

ALOUD: Est-ce que le confort que tu ressens dans le groupe est parce que tu te mets dans les mains du metteur en scène et qu’il assume une partie des risques que chaque comédien prend sur le plateau?

(Does the comfort you feel within the group comes from the fact that you are putting yourself in the hands of the director and that he shares the risks each actor is taking on stage?)

MORGANE: C’est ce qui resserre les liens entre les partenaires, cette vulnérabilité qu’on a tous et l’extrême confiance qu’on a dans le metteur en scène. C’est à lui d’être un guide. C’est le metteur en scène qui a la responsabilité énorme de montrer qu’il a confiance en son travail et le groupe qu’il dirige. Dés le début, Arny a voulu qu’on gagne un public, qu’on aille plus loin et que la compagnie continue d’exister. Rien que ça, à notre époque, est quelque chose d’assez héroïque. Les conditions étaient ce qu’elles étaient, que ce soit dans une grosse structure ou avec trois bouts de ficelle, il naît toujours quelque chose. L’important c’est d’y croire. Au bout d’un moment, ce n’est plus juste le désir, c’est la nécessité. C’est comme une machine qui se met en place. L’énergie collective est très importante et on sent tout de suite quand il naît une fragilité. On n’est jamais a l’abris d’un problème, quelqu’un qui se désiste, quelqu’un qui n’a plus envie…

(That is what tightens the bonds between partners, this vulnerability we all have and the extreme trust we have in the director. His role is to be a guide. The director takes the huge responsibility of showing he trusts his work and his actors. From the start, Arny wanted to earn an audience, to push further and for the company to keep existing. Just that, in our day and age, is slightly heroic. The conditions were what they were, whether it was a big structure or 3 bits of string, something always comes out of it. The important thing is to believe in it. After a certain point, it isn’t just about desire anymore, it is a necessity. It is like creating a machine. The collective energy is very important and one can feel straight away when it becomes fragile. We are never safe from something going wrong, someone backing out, someone losing interest…)

ALOUD: Justement, comment peux-tu encore avoir envie quand tu joues la même pièce pendant deux ans?

(Precisely. How do you not lose interest doing the same play for two years?)

MORGANE: Parce que ce qui est intéressant justement dans l’exercice du théâtre, c’est le côté vivant. Être spectateur de théâtre, c’est se dire que tout est possible. Contrairement au cinéma, on sait qu’il peut se passer n’importe quoi sur un plateau et on va être témoin de ça.

(Because what’s particularly interesting as a theatre actor, is the live aspect. Being a spectator, is telling yourself that everything is possible. As opposed to the movies, one knows anything can happen on stage and one will be a witness of it.)

ALOUD: Et de ne jamais savoir si quelque chose était un accident ou pas, ou si ça arrivera le soir d’après.

(And never quite knowing whether something was an accident or not, or if it will happen the following night.)

MORGANE: On a conscience de ça, que le spectacle n’est jamais le même, du jour au lendemain. Bien sur, il y a des moments de lassitude. Du coup, on essaye à chaque représentation, de modifier une toute petite chose, pour nous, qui va nous déséquilibrer un petit peu. Ce n’est pas que pour les gens qu’on fait du théâtre, c’est aussi beaucoup pour soi et pour ce qu’on vit a l’intérieur d’une représentation. C’est foutu quand on se dit qu’on a rien vécu un soir.

(One is aware of this, that the show is never quite the same, from one day to the next. Of course, there are moments of weariness. So then, we try at every representation, to change something small, for ourselves, that will unbalance us a little bit. It isn’t only for other people we act, it’s also a lot for ourselves and for what we live within a representation. It’s over when you think you haven’t experienced anything one night.)

ALOUD: Est-ce qu’après deux ans, la première et la dernière représentations sont très différentes?

(After two years, are the first and last representation very different?)

MORGANE: Elles n’ont rien a voir. On a le squelette de la pièce, la mise en scène, des choses fixes et très précises mais on a aussi notre propre interprétation sur laquelle on peut agir. Parfois, on est fatigues avant même de jouer et c’est miraculeux parce qu’il se passe des choses qui nous échappent. Le public aussi est une surprise et on ne sait jamais ce qu’il va se passer. Les spectateurs agissent sur les acteurs et vice versa. Une écoute très forte, une communion d’esprit peut nous transcender, nous porter à aller plus loin et à modifier même notre jeu tout comme une fermeture peut nous anéantir un petit peu. De toute façon, le public est toujours révélateur de ce qu’il se passe sur le plateau.

(Totally different. We have the play’s skeleton, the direction, some very precise things but we also have our own interpretation on which we can act. Sometimes, we are tired even before the show and it’s miraculous because it lets things happen which we lose control of. The public too is a surprise and we never know what will happen. The spectators operate on the actors and vice versa. A very strong attention, a spiritual communion can transcend us, take us further and even modify our acting just as a closed audience can destroy us a little bit. In any case, the audience always reveals what is happening on stage.)

ALOUD: Qu’est-ce qu’il se passe à la fin d’un spectacle?

(What happens when a production finally ends?)

MORGANE: C’est un vrai deuil. C’est un peu le retour dans la vie. On est épuisés, vidés et très malheureux de quitter l’histoire.

(It’s a mourning. It’s the return to real life. One is exhausted, drained and very sad to leave the story behind.)

ALOUD: Mais ça ouvre aussi de nouvelles possibilités vers autre chose. Ca doit être excitant d’être face à de nouveaux projets.

(But it also opens up possibilities for something else. It must be exciting to have new projects ahead of you.)

MORGANE: C’est la deuxième phase. On est d’abord vidés mais on a besoin de rebondir très vite derrière et justement de se dire, je vais aller dans une toute autre direction.

(That’s the second stage. You first feel completely drained but you have to bounce back pretty quickly and, indeed tell yourself you are going to go in a completely different direction.)

ALOUD: Donc que s’est-il passé après “Machine sans cible”?

(Then what happened after “Machine sans cible”?)

MORGANE: J’ai passé beaucoup d’auditions au JTN (Jeune Théâtre National). En parallèle, j’ai toujours continué de travailler avec Arny et la compagnie. On a monté une dizaine de spectacles très différents en un an. Avec Arny, on se dit souvent qu’on fait du théâtre impossible, mais on le fait. Toutes ces activités on pris fin et c’était un peu la pause. C’est là que j’ai commencé à approfondir le chant et je me suis mise à écrire beaucoup. Quand j’arrête de jouer, j’ai besoin d’aller vers le mouvement. Ce qui est important n’est pas forcement d’être dans les projets des uns et des autres mais c’est de toujours avoir des objectifs, de tendre vers quelque chose et surtout c’est l’expression. Au delà d’être une comédienne, je pense que je suis une artiste. Ca ne s’arrête pas juste au jeu et à l’interprétation.

(I went to a lot of auditions at the JTN. In parallel, I continued working with Arny and the company. We put on a dozen very different shows within a year. With Arny, we often comment that we are doing impossible theatre, but we are doing it nevertheless. All these activities eventually came to a halt. That’s when I started to work more on my singing and I started writing a lot. When I stop acting, I need to keep moving. What is important is not necessarily to be in everyone’s projects but it is to always have some objectives and mainly it’s expression. More than being an actor, I consider myself an artist. It doesn’t stop at acting and interpretation.)

ALOUD: Est-ce que tu pense que ces périodes de pause entre les projets sont importantes?

(Do you think that these breaks between projects are important?)

MORGANE: Elles sont difficiles à vivre mais ce sont des périodes qui servent à se nourrir et on peut même se nourrir avec le rien. On a l’impression de débarquer dans le néant alors qu’on a l’esprit libre à nouveau et on a envie de le re-remplir de pleins de choses. On a besoin de voir et entendre ce que font les autres. On a besoin de redevenir spectateur. L’art change de forme sans arrêt.

(They are challenging times but they can be used to replenish yourself and you can even replenish from the nothing. You feel like you are landing in nothingness even though your mind is free again and you want to re-fill it with many things. One needs to see and hear what others are doing. One needs to be a spectator again. Art changes shape constantly.)

ALOUD: Où en es-tu maintenant?

(Where are you at now?)

MORGANE: Je me suis beaucoup nourrie de cette période un peu immobile. Ca a fait naître des pages d’écrit et après avoir commence par un journal, j’ai pu le faire diverger vers des fictions. J’avais toujours en tête d’écrire un spectacle de clown. Je me suis aperçue que c’est très visuel donc c’est plutôt une BD. J’ai aussi eu très envie d’autre chose et je me suis lancée vers l’autre pendant qui est la tragédie. J’ai commencé à écrire une tragédie contemporaine qui parlerait d’amour, de relations amoureuses et du pouvoir néfaste ou bénéfique de cette notion d’amour.

(I nourished myself a lot from this slightly still period. Many pages were written and after starting with a journal, I was able to divert it towards fiction. I always had in mind to write a clown show. I realised it was very visual so it’s closer to a comic book. I also had a strong desire for something else and I dove into the opposite which is tragedy. I have begun writing a contemporary tragedy which would talk about love, relationships and the power, detrimental or beneficial, of this notion of love.)

ALOUD: Est-ce que c’est le fait de ne pas toujours trouver des rôles qui te pousse à écrire des textes, pour reprendre un peu le contrôle de ta vie et ta carrière?

(Is it the difficulty of finding roles that has pushed you to write, to take back some control over your life and career?)

MORGANE: Oui, ce que j’écris n’est pas forcement pour jouer moi-même, ce serait pour le voir naître ailleurs, entre d’autres mains. Comment être dans autre chose que l’interprétation tout en restant dans l’expression? Il y a aussi quelque chose de frustrant au théâtre parce qu’on colle au désir de quelqu’un d’autre.

(Yes, what I write is not necessarily for me to act, it is to see it being born somewhere else, in other hands. How to be in something other than interpretation while staying in the field of expression? Constantly fitting someone else’s desire can be a frustrating side of theatre.)

ALOUD: Est-ce que tu pense que tu vas te tourner plus vers l’écriture?

(Do you think you will increasingly turn to writing?)

MORGANE: A partir du moment où on a besoin d’exprimer sa propre vision du monde, le meilleur moyen est de se l’approprier et de trouver une manière de la rendre visible. Si ce n’est pas à travers les histoires et les rôles qu’on nous propose, c’est aussi de se dire, je fais confiance à l’artiste que je suis. On sort un peu ses tripes sur le plateau mais on peut aller encore plus loin si on sent qu’on a encore des choses à dire. Tant que je déborderai d’émotion, il faudra que ça sorte et j’attendrai pas d’être sur un plateau pour le faire.

(From the moment one needs to express one’s own vision of the world, the best way is to own it and find a way to make it visible. If it isn’t through stories and roles offered to me, then it is also about saying, I trust the artist I am. One expresses a lot on stage but one can go further if one feels one still has things to say. As long as my emotions will overflow, it will have to come out and I won’t wait to be on stage for it to happen.)

ALOUD: Qu’est-ce que tu attend d’un projet quand tu le démarre?

(What do you expect of a project right at the start?)

MORGANE: Je dirai que c’est au départ la rencontre qui fait naître l’envie. Je choisis de faire confiance à quelqu’un qui me surprend par sa vision des choses.

(To start with, it is the encounter that creates a desire. I chose to trust someone who surprises me with their vision.)

ALOUD: Qu’est-ce qui te ferait dire “non” a un projet?

(What would make you decline a project?)

MORGANE: Ce qui me ferait dire “non” serait de ne pas trouver de raison valable de le faire. Si je choisissais un projet pour l’argent ou le cachet, mes envies seraient projetées ailleurs et pas sur le projet à proprement dit. Je l’ai déjà fait et je l’ai regretté. Le rien aurait été préférable. Le compromis que je ne ferai plus est de choisir un projet que je n’ai pas envie de défendre. Ca va à l’encontre de mes principes d’artiste. On ne peut pas jouer sans point de vue.

(I would say “no” if I couldn’t find a good reason to do it. If I chose a project for money or recognition, my desires would be projected elsewhere rather than the project itself. I have done it and I regretted it. Nothing would have been preferable. The compromise I will not make again is to chose a project I don’t want to defend. It goes against my principles as an artist. One can not act without a point of view.)

ALOUD: Qu’est ce que tu vois dans l’année à venir?

(What do you see in the coming year?)

MORGANE: J’ai quelques projets qui sont en train de naître dont un qui pourrait m’amener à partir à l’étranger, dans un zone de conflit. Ce sera une autre façon de faire du théâtre, un autre public qui pose vraiment la question de l’importance du théâtre. En France, il y a une idée du théâtre comme un art destiné à mourir alors que c’est faux. Là-bas, la notion de spectacle et de représentation prendrait un autre sens. Ca parait plus…utile.

(I’m involved in a few projects that are emerging including one which could bring me to go overseas, to a conflict zone. It will be another way to do theatre, a different audience which really questions the importance of theatre. In France, there is a notion that theatre is an art form destined to die even though it isn’t true. Over there, the concept of theatre and representation would take on a new meaning. It seems more…useful.)

ALOUD: Et dans un avenir plus lointain, comment aimerais-tu voir les choses évoluer?

(And in a more distant future, how would you like to see things evolve?)

MORGANE: En tant que comédienne, j’ai envie d’expérimenter avec des types de pièces ou rôles que je n’ai pas encore abordé. J’aurai envie d’explorer beaucoup de choses personnelles. Peut-être d’écrire un “one woman show”. La dérision est très importante, réussir a faire rire les gens est plus jouissif encore que de les voir pleurer. J’aurai aussi envie d’écrire pour les autres. L’écriture prend de plus en plus d’importance.

(As an actor, I want to experiment with different types of plays or roles I haven’t approached yet. I would like to explore many personal things. Maybe write a “one woman show”. Humor is very important, making people laugh is even more satisfying that making them cry. I would like to write for others as well. Writing is becoming increasingly significant.)

ALOUD: Est-ce que tu penses au médium du cinéma?

(Have you considered the medium of cinema?)

MORGANE: Le cinéma est quelque chose qui m’attire. J’ai passé beaucoup de castings quand j’avais 12, 14 ans et c’est vrai que les castings sont plus ouverts aux très jeunes parce qu’il y a moins d’offre et plus de demande. Un de mes objectifs serait de trouver un agent pour m’incruster dans ce milieu. Je suis dans une tranche d’âge où c’est plus difficile pour les femmes d’acceder à des rôles.

(Cinema appeals to me. I did a lot of auditions when I was 12 or 14 years old and is it true that castings are more open to very young people because there is less offer and more demand. One of my objectives would be to find an agent to find my way into that industry. I am in a more difficult age group for women to get roles.)

ALOUD: Dans le cinéma, il y a toujours cette idée que dans la durée, c’est plus difficile pour les femmes que pour les hommes de trouver des rôles intéressants.

(In the movie industry, there always seems to be this notion that in terms of longevity, it might be more challenging for women than men to find interesting roles.)

MORGANE: Je ne pense pas qu’il y a forcement des rôles plus intéressants pour les hommes à jouer mais il y a quand même une majorité de pièces écrites par les hommes pour les hommes. J’entends beaucoup de gens qui pensent qu’un homme sur scène a plus de puissance qu’une femme alors que le contraire est tout a fait prouvé.

(I don’t necessarily think that there are more interesting roles for men but there is a majority of plays written by men for men. I often hear people say that a man on stage is more powerful than a woman even though the contrary has been proven many times.)

ALOUD: Est-ce que tu penses que les femmes sont plus tenues à un idéal physique?

(Do you think women are held to a higher physical ideal?)

MORGANE: Dans le cinéma, clairement. Les actrices qui émergent aujourd’hui expriment une sorte de jeunesse éternelle, de grâce, de glamour. Il y a toujours cette idée, soit de la femme fatale, soit de la femme enfant et la femme un peu plus réelle est moins abordée. Il y a plus d’imagination pour l’image d’un homme. La vieillesse donne un aspect charmant. On dit qu’il a pris de la bouteille, qu’il s’est bonifié. Pour une femme, on dirait qu’elle est marquée par la vie. On s’en servira peut-être plus pour parler du temps qui passe.

(In the movie industry, clearly. Actresses emerging today express a kind of eternal youth, grace and glamour. There is always the idea, either of a femme fatale, or the “Lolita” and a slightly more real woman is less explored. There is more imagination for a man’s image. Getting older becomes charming. We say that he is aging nicely, like a good wine. For a woman, we would say that she is marked by life. Maybe it would be used to talk about the time that has passed.)

ALOUD: Est-ce que malgré les difficultés, les risques en valent la peine?

(Despite the difficulties, are the risks worth the reward?)

MORGANE: Oui, sinon ça ferait longtemps que j’aurais arrêté. Je savais que le chemin serait difficile et j’ai connu les extrêmes. J’ai connu quelqu’un qui m’a proposé un projet comme un cadeau et j’ai connu les échecs. Je me remets en question et je repars. Je ne peux pas tout choisir mais je peux choisir de continuer à m’exprimer.

(Yes, otherwise I would have stopped a long time ago. I knew the road would be challenging and I have known the extremes. I have known someone who gave me a project like a gift, and I have known failure. I question myself and off I go again. I can not choose everything but I can choose to keep expressing myself.)

When the time came to recommend another woman who should be on this blog, Morgane suggested :

Aude de la Raillère is a gold-leaf gilder on wood based in Paris. In parallel to her gilding practice, she collects, exhibits and sells works of art.


 
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2 comments

  1. john van Lint

    We often see an artist in what they create on stage and wonder as to how realistic their off the stage life is lived. Your interview gives an realistic appraisal of an artist having to constanly having to reavalue not only their lives but also their creative talent ,which as all things artistic are constanly developing, well done.

  2. Jane

    I too was struck by Morgane’s honesty when describing the profession. Most interviews of actors ooze little more than platitudes on how “amazing” and “awesome'” it is to work with fellow cast members and crew when in truth, it’s a job like many others where competition and egos must be dealt with on a daily basis.

    I also now understand why many actors feel the desire to branch off and try writing, producing and directing. An artist may have a specific specialty but it makes sense that he or she would also want to explore other elements of the creation of a play or movie.

    Good luck to Morgane in all her endeavors.

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